Pour Natalie Gilson et la Dre Melissa Weber, l’océan n’a jamais été qu’un simple décor. Il a été un souvenir d’enfance, un parcours de recherche, une question de carrière, une vocation et, aujourd’hui, le cœur d’une entreprise en pleine croissance, enracinée en Nouvelle-Écosse et dont la portée dépasse largement ses frontières.
Pisces Oceans Inc., dont le siège social est situé à Milford, en Nouvelle-Écosse, et qui est également présente dans les Caraïbes, à Cabarete, en République dominicaine, est une firme-conseil spécialisée dans les projets liés à l’océan. Elle repose sur une idée claire : les personnes qui accomplissent un travail essentiel pour l’océan ne devraient pas être freinées par des systèmes inefficaces, une stratégie mal définie, une capacité limitée ou des histoires qui ne parviennent jamais aux personnes qui ont besoin de les entendre.
Comme Natalie le résume simplement : « Pisces aide les gens à aider l’océan grâce à la science, aux systèmes, à la stratégie et aux récits. »
L’entreprise a d’abord été constituée en société en 2017 sous le nom de Pisces Research Project Management Inc. par Kes Morton, après qu’elle eut constaté une lacune dans l’écosystème océanique.
« Beaucoup de projets avaient la science, ils avaient tous les éléments, mais il leur manquait simplement le volet gestion pour que tout fonctionne, explique Melissa. Les scientifiques aiment faire du travail de scientifique. »
Melissa s’est jointe à Pisces en 2020 afin de contribuer à Ocean Allies, une importante initiative axée sur l’équité, la diversité et l’inclusion. Au fil du temps, le travail de l’entreprise s’est élargi. Il est devenu évident que la gestion de projet ne représentait qu’une partie du défi. Les leaders du secteur océanique avaient également besoin d’aide pour communiquer leur travail de façon claire et percutante. Natalie, qui avait auparavant dirigé son propre studio de création, s’est jointe à l’entreprise en 2023, apportant une vaste expérience en image de marque, en communications et en narration.
Puis, en janvier 2025, Kes a annoncé à Natalie et à Melissa qu’elle était prête à se retirer. Elle leur a présenté deux possibilités : soit elle mettait fin aux activités de Pisces et chacun poursuivait son chemin, soit elles prenaient la relève et faisaient avancer l’entreprise.
Pour Melissa, la nouvelle a été une surprise. Pour Natalie, elle a plutôt déclenché un enthousiasme immédiat.
« J’étais emballée, raconte Natalie. J’ai vraiment l’esprit entrepreneurial, et je me suis jointe à Pisces parce que l’entreprise évolue dans le secteur océanique, qui est ma grande passion. Quand Kes a décidé de se retirer, je me suis dit : oui, quelle belle occasion. »
Un nouveau cap pour Pisces
En mars 2025, Natalie et Melissa sont officiellement devenues copropriétaires et co-PDG. Elles ont renommé l’entreprise Pisces Oceans Inc. et entrepris un travail minutieux de réflexion afin de déterminer ce que Pisces allait devenir sous leur direction.
La réponse s’est rapidement imposée. Pisces se concentrerait sur l’aide aux leaders et aux visionnaires du secteur océanique afin de renforcer l’infrastructure qui soutient leur travail.
Natalie explique ce que cela signifie en donnant l’exemple d’un chercheur spécialisé dans les requins.
« Ce qu’il aime, c’est être sur le terrain, dans l’eau, à marquer les requins, à être sur son bateau, explique-t-elle. Mais pour que son projet puisse continuer, obtenir du financement et demeurer visible, il a besoin de gestion de projet. Il a besoin de gestion de subventions. Il doit raconter son travail de façon créative aux bailleurs de fonds et aux parties prenantes. Et lui, il ne veut rien faire de tout ça. »
C’est là que Pisces intervient, en prenant en charge le travail en coulisses afin que ses clients puissent rester concentrés sur le travail qu’eux seuls peuvent accomplir.
Un océan sans frontières
Historiquement, bon nombre des clients de Pisces provenaient du secteur des technologies océaniques de la Nouvelle-Écosse, ainsi que des milieux universitaire, gouvernemental et sans but lucratif. Mais la portée de l’entreprise est de plus en plus internationale. Melissa vit à temps plein en République dominicaine, et ce lien a contribué à faire d’une récente mission commerciale à la Barbade une prochaine étape toute naturelle.
« L’une de nos plus grandes motivations, c’est que l’océan n’a pas de frontières », explique Melissa.
La mission à la Barbade dirigée par la CBDC, qui a eu lieu en mai 2026, a donné à Natalie et Melissa l’occasion d’explorer les possibilités dans les Caraïbes avec un esprit ouvert. Elles ne s’attendaient pas à arriver et à vendre immédiatement leurs services. Elles voulaient comprendre le marché, rencontrer des gens et voir où Pisces pourrait être utile.
L’expérience a dépassé leurs attentes.
Elles ont participé à environ 20 rencontres, dont plusieurs avec des décideurs et des organisations déjà engagés dans d’importantes initiatives liées à l’océan. Dès leur première rencontre, avec la University of the West Indies, elles ont été invitées à revenir donner une conférence sur les techniques de narration.
Pour Natalie, le voyage a également rendu l’urgence des enjeux océaniques très concrète. À la Barbade, elle a pu constater de près les défis côtiers, notamment la disparition de certaines plages et les proliférations de sargasses qui avaient rendu certaines parties de la côte atlantique difficiles à utiliser.
« Quand on visite un endroit comme la Barbade, on voit qu’ils vivent ces réalités à un tout autre niveau, explique-t-elle. Parler avec les gens qui vivent ces situations et qui essaient de les résoudre a vraiment été révélateur. »
La mission a également confirmé à quel point le travail de narration de Pisces trouve un écho auprès des gens. De nombreuses organisations du secteur océanique sont profondément plongées dans les aspects scientifiques et dans la gravité des défis auxquels elles font face, mais elles doivent tout de même trouver des façons de créer un lien émotionnel avec les gens et de leur faire comprendre pourquoi leur travail est important.
« Les gens ont vraiment réagi très fortement au volet narration de ce que fait Pisces », explique Natalie.
Ce mélange de science, de stratégie et de narration est aussi ce qui rend l’entreprise difficile à comparer à quoi que ce soit d’autre. Il existe des gestionnaires de projet dans le secteur océanique. Il existe aussi des entreprises de communication qui touchent au domaine de l’océan. Mais, au cours de la dernière année, Natalie et Melissa se sont prouvé que Pisces n’était pas simplement deux services placés côte à côte. C’est un modèle qui lui est propre.
« On a vraiment l’impression de construire notre propre navire », dit Natalie.
Diriger ensemble, bâtir autrement
Elles le construisent également d’une manière qui remet en question l’image traditionnelle d’un fondateur unique ou d’un seul PDG portant tout le poids d’une entreprise. Pour Natalie et Melissa, la direction partagée n’est pas qu’un titre symbolique. C’est une structure concrète fondée sur l’équité, la confiance et des forces complémentaires.
« Nous voulions être des partenaires égales dans l’entreprise, explique Melissa. Il y a beaucoup de pression et beaucoup de poids sur les épaules d’un PDG ou d’une personne qui prend seule toutes les décisions. Ce qui est vraiment avantageux dans ce que nous avons créé ici, c’est que nous pouvons partager cette charge. »
Natalie est du même avis. Après avoir vu des entrepreneurs individuels porter « 100 chapeaux par jour », elle considère leur modèle de co-PDG comme une façon plus saine et plus durable de diriger.
« On peut porter 50 chapeaux chacune au lieu de 100 », dit-elle en riant. « Mes faiblesses sont les forces de Melissa, et vice versa. »
Leur leadership leur a déjà valu une reconnaissance à l’échelle nationale. À l’automne 2025, Pisces a reçu une subvention et un prix de BMO pour les femmes. Natalie se souvient avoir réalisé, lors de l’événement, qu’elles avaient été sélectionnées parmi des milliers de candidates partout au Canada.
« Nous étions la seule entreprise du secteur océanique représentée, dit-elle. C’était vraiment valorisant de constater non seulement que nous sommes sur la bonne voie, mais aussi que les gens voient que ce que nous faisons est différent et important. »
Pour Melissa, le prix a confirmé la valeur du travail interne qu’elles avaient accompli pour préciser l’identité de l’entreprise et éviter le piège courant des firmes-conseils qui consiste à dire oui à tout.
Derrière la stratégie d’affaires se trouve un lien personnel profond avec l’océan chez les deux dirigeantes.
Le tout premier souvenir de Natalie remonte à un voyage en canot sur la côte Ouest avec ses parents lorsqu’elle avait deux ans. Un phoque commun a fait surface à proximité, et cette rencontre est restée gravée dans sa mémoire.
« Quand on a deux ans et qu’on ne sait pas ce que c’est, c’est tout simplement extraordinaire et très marquant », dit-elle.
Pour Melissa, qui a grandi loin de la mer en Ontario, l’océan a d’abord existé dans son imagination. Elle adorait les dauphins, regardait Flipper et a vu l’océan pour la première fois à l’âge de 16 ans lors d’un voyage au Guatemala, où elle se souvient du sable noir d’une plage volcanique. Son parcours
universitaire l’a ensuite menée vers la géographie, les changements climatiques, le tourisme et des recherches doctorales auprès de communautés inuites du Nunavut.
Aujourd’hui, vivant sur une île en République dominicaine, elle est entourée par l’océan chaque jour.
« Ça a toujours été là, quelque part en moi », explique Melissa.
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Pour la suite, Pisces se prépare à jouer un rôle plus important. Les deux entrepreneures souhaitent que l’entreprise sorte davantage de l’ombre et devienne elle-même un leader reconnu dans le secteur océanique. Elles développent de nouvelles offres, notamment un programme de type certification consacré aux communications dans le domaine océanique, et elles officialisent un programme d’impact pour l’océan qui permettrait d’offrir du soutien bénévole et sans frais à des organisations et à des projets sous-financés.
Dans le cadre de la Semaine de l’océan, du 1er au 8 juin, elles ont aidé à organiser une activité de découverte des eaux froides avec une boutique de plongée locale, donnant aux enfants l’occasion d’observer et d’en apprendre davantage sur la vie marine des eaux environnantes.
« Inspirer la prochaine génération, faire une différence, avoir un impact important et aider nos océans, c’est vraiment ce qui va nous motiver », explique Melissa.
C’est là tout le cœur de Pisces Oceans : ni une firme-conseil traditionnelle, ni une agence de marketing, ni seulement une entreprise de gestion de projet, mais plutôt une entreprise conçue pour répondre à la complexité et à l’urgence du travail lié à l’océan. De Milford à la République dominicaine, Natalie et Melissa aident les leaders du secteur océanique à trouver la structure, la confiance et la voix nécessaires pour faire avancer des projets ambitieux.
Et, ce faisant, elles prouvent que les personnes qui aident les autres à raconter les histoires de l’océan ont elles aussi une histoire puissante à raconter.
Merci à l’Agence de promotion économique du Canada atlantique (APECA), qui collabore avec nous pour soutenir les petites entreprises et les entrepreneurs en devenir. Ensemble, nous continuerons à bâtir une économie plus forte dans le Canada atlantique, en favorisant la création d’emplois et en renforçant nos communautés rurales.