Lorsque Jasmin Endaya parle du Third Cup Café, elle commence par parler des gens.
Chaque matin à Yarmouth, en Nouvelle-Écosse, elle voit des clients s’installer avec un café, un déjeuner, un dîner ou simplement pour passer un moment tranquille entre amis. Certains sont des habitués. D’autres sont des visiteurs qui viennent tout juste de débarquer du traversier reliant Yarmouth au Maine. Certains sont des aînés qui savent exactement comment ils aiment leurs œufs. Pour Jasmin, ce sont bien plus que des clients.
« J’ai l’impression qu’ils font partie de ma famille », dit-elle.
Ce sentiment d’appartenance est au cœur du Third Cup Café, un endroit chaleureux et accueillant que Jasmin a ouvert en juin 2024. C’est aussi le fil conducteur de sa propre histoire : un parcours qui a commencé aux Philippines, s’est poursuivi au Kuwait puis à Calgary, avant de trouver un véritable chez-soi à Yarmouth.
Un parcours enraciné dans le café
Bien avant de devenir propriétaire d’un café, Jasmin construisait déjà sa vie autour du café. « Le café, c’est ma passion », dit-elle. Après avoir travaillé comme barista aux Philippines, elle a saisi une occasion de travailler chez Starbucks au Kuwait, où elle est passée de barista à superviseure, puis à gestionnaire. Le travail était exigeant, rapide et rempli de pression, mais il l’a profondément façonnée.
« J’y ai appris la valeur du travail, la discipline et l’importance de servir les gens avec passion », explique-t-elle.
Plus tard, une occasion d’emploi l’a amenée au Canada. Elle s’est d’abord installée à Calgary, où elle a travaillé chez Swiss Chalet de 2013 à 2015, avant qu’une amie ne lui suggère d’envisager un déménagement à Yarmouth. Au début, Jasmin a dû vérifier où cette ville se trouvait.
« Je me suis dit : “C’est où, Yarmouth ?” », raconte-t-elle en riant. « J’ai dû aller voir sur Google. »
Son mari est arrivé le premier, puis Jasmin l’a rejoint, même si elle admet avoir eu des hésitations au départ. Une fois installée, elle a travaillé chez Mary Brown’s, Burger King, puis pendant sept ans dans un café local. Mais même si elle donnait toujours le meilleur d’elle-même au service des autres entreprises, un sentiment grandissant peu à peu.
« Toutes mes idées, je les investissais dans cette entreprise », se souvient-elle. « Mais ce n’était pas la mienne. »
Trouver le bon endroit
Lorsque l’occasion s’est présentée d’acheter le café où elle travaillait, Jasmin a commencé à explorer la possibilité de devenir propriétaire d’entreprise. Elle s’est tournée vers la CBDC Yarmouth et a rencontré Kristina Nuja, un visage familier avec qui elle avait déjà travaillé chez Burger King. Kristina ne voulait pas décourager son rêve, mais elle a été honnête : démarrer une nouvelle entreprise semblait être une meilleure option.
« Elle m’a dit : “Je ne veux pas freiner ton ambition.” », se rappelle Jasmin.
Kristina l’a aidée à chercher un local tout en l’accompagnant dans l’élaboration de son plan d’affaires et les démarches liées aux permis. Les recherches ont pris un peu plus de temps que prévu. Certains locaux nécessitaient trop de rénovations. D’autres étaient trop coûteux ou ne bénéficiaient pas d’un bon achalandage. Puis, au moment où elles avaient l’impression d’avoir épuisé toutes les possibilités, Kristina lui a présenté le local de la rue John, qui allait éventuellement devenir le Third Cup Café.
« Nous n’avons jamais cessé de chercher des locaux », raconte Jasmin.
Avec le soutien de la CBDC Yarmouth, du financement de démarrage et beaucoup de détermination, elle a ouvert le Third Cup Café juste à temps pour la saison estivale de 2024. Le risque était bien réel. Yarmouth comptait déjà plusieurs cafés, restaurants, établissements de restauration rapide et chaînes bien établies. Jasmin savait que certaines personnes se demandaient si un autre café pouvait réellement trouver sa place.
« Je me suis dit que j’allais simplement essayer, parce que c’est ma passion », dit-elle. « Si ça ne fonctionnait pas, au moins j’aurais essayé. »
Et ça a fonctionné.
Dès le départ, raconte Jasmin, la communauté nous a soutenus. « Je me sens tellement privilégiée et reconnaissante du soutien de la communauté », dit-elle. « Démarrer une entreprise, c’est risqué. La CBDC est celle qui m’a fait le plus confiance. »
Un café où l’on se sent en famille
Aujourd’hui, le Third Cup Café est ouvert sept jours sur sept et emploie une douzaine de personnes, dont trois employés à temps plein ainsi que plusieurs employés à temps partiel ou saisonniers. Le menu reflète l’instinct de Jasmin pour offrir aux gens ce qu’ils recherchent réellement : des déjeuners classiques, du café léger, des bols de riz, des sandwichs, des hamburgers, des desserts, des thés ainsi que des options personnalisables pour les clients qui souhaitent une plus petite portion ou quelque chose de plus précis.
« Nous pouvons toujours nous adapter à ce que les clients veulent », explique-t-elle.
Cette souplesse est particulièrement appréciée des aînés qui viennent prendre un simple déjeuner ou des habitués qui ont fait du Third Cup une partie intégrante de leur quotidien. Jasmin remarque qui est présent, qui ne l’est pas et ce qui se passe dans la vie de ses clients. Parfois, un client lui confie qu’un proche est hospitalisé. D’autres fois, une personne qui vient habituellement chaque jour ne s’est pas présentée depuis une semaine, et Jasmin commence à prendre de ses nouvelles.
Sa partie préférée du métier est toute simple. « Les échanges avec les clients », dit-elle. « Chaque jour où j’arrive au travail, je vois des gens se détendre ici. Ils se sentent comme chez eux. »
C’est ce sentiment qui a permis au Third Cup de fidéliser une clientèle, même si Jasmin décrit le café comme un véritable « joyau caché », un peu à l’écart de la route principale. L’été, le traversier CAT amène de nouveaux visiteurs, souvent du Maine ou de Bar Harbor, qui s’arrêtent pour déjeuner ou prendre un café. Ils lui disent souvent à quel point ils aiment Yarmouth : la mer, la ville et la gentillesse des gens.
La saison touristique lui a également appris à s’adapter. L’an dernier, lors du salon automobile, le café était tellement achalandé que la file s’étendait jusque dehors. Cette année, Jasmin prévoit offrir davantage d’options de type buffet afin d’aider la cuisine à répondre à la demande et de rendre l’expérience plus agréable pour les clients comme pour les employés.
Ces apprentissages font partie de la croissance d’une entreprise. Tout comme le fait de trouver des façons de redonner à la communauté. Le Third Cup offre des rabais et des promotions lorsque c’est possible, répond aux demandes de dons et de commandites de la communauté et demeure actif sur les médias sociaux en publiant des plats du jour, des offres saisonnières et des promotions pour les fêtes. Jasmin est également membre de la chambre de commerce locale et trouve beaucoup d’encouragement auprès des autres entrepreneurs de la région.
« Les petites entreprises soutiennent les petites entreprises », dit-elle.
Deux ans après l’ouverture, son plus grand moment de fierté est de célébrer l’anniversaire du café avec les personnes qui ont contribué à faire du Third Cup ce qu’il est aujourd’hui. « Nous avons bâti une clientèle fidèle, des habitués qui venaient chaque jour et entraient au Third Cup comme s’ils rentraient dans leur deuxième maison », dit-elle. « Voir nos clients heureux et à l’aise ici remplit notre cœur. C’est notre véritable profit. »
Grandir lentement, sûrement et avec intention
En regardant vers l’avenir, Jasmin rêve avec prudence, mais aussi avec confiance. Elle aimerait créer un site Web avec commande en ligne, élaborer des menus saisonniers, organiser des événements comme des soirées karaoké ou des soirées de jeux-questionnaires et, un jour peut-être, ouvrir une deuxième succursale.
« Lentement, mais sûrement », dit-elle. « Mais j’aimerais vraiment avoir un deuxième établissement. »
Pour l’instant, Jasmin se trouve généralement exactement là où ses clients s’attendent à la voir : dans son café, à accueillir les gens, à prendre de leurs nouvelles, à travailler de longues journées et à bâtir son entreprise une tasse, un repas et une conversation à la fois. Ses clients lui disent parfois qu’elle devrait prendre un peu plus de congés. Elle leur répond en plaisantant qu’elle habite pratiquement sur place.
« C’est ma vie », dit-elle. « C’est fatigant, mais je suis heureuse. »
À tous ceux qui nourrissent un rêve entrepreneurial, mais hésitent encore à faire le grand saut, Jasmin offre le même conseil que son propre parcours illustre aujourd’hui :
« Si vous avez un objectif et de l’ambition, n’hésitez pas », dit-elle. « Si vous croyez en vous, si vous avez de la passion et que vous aimez ce que vous faites, lancez-vous. »