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Stephen Poole

Marées, casiers et tradition :

comment Stephen Poole s’est bâti une vie en mer

Lorsque Stephen Poole amarre son bateau pour la fin de la saison à Lockeport, en Nouvelle-Écosse, le travail est loin d’être terminé. Les casiers sont peut-être sortis de l’eau le 1er juin, mais il reste les bouées à identifier et à attacher, les cordages à trier, l’équipement à réparer et des décisions à prendre avant que la prochaine saison ne commence vers la fin novembre.

« C’est constant, explique Stephen. Les six mois où on ne pêche pas ne sont pas vraiment six mois de congé. Il y a toujours quelque chose à faire. »

Ce rythme lui convient. Stephen est pêcheur de homard et, pour lui, l’appel de la mer est à la fois pratique et personnel. Il vient d’une famille de pêcheurs. Son grand-père, Freeman Poole, a quitté Terre-Neuve pour venir pêcher en Nouvelle-Écosse. Son père a lui aussi pratiqué la pêche au homard ainsi que la pêche au chalut, transmettant ainsi un mode de vie auquel Stephen se sent encore profondément lié aujourd’hui.

« J’ai simplement essayé de perpétuer la tradition familiale de la pêche, raconte Stephen. Je ne suis pas vraiment du genre à travailler de huit à cinq. »

Avant d’acheter son propre permis de pêche au homard, Stephen a passé plusieurs années à pêcher le pétoncle au large. Le salaire était bon, surtout pour un jeune homme au début de la vingtaine. Mais ce travail l’éloignait de chez lui, alors que sa vie familiale évoluait rapidement.

« J’avais une fille, et elle commençait à grandir sous mes yeux », se souvient-il.

L’occasion de se tourner vers la pêche au homard s’est présentée grâce à un pêcheur plus âgé de Little Harbour qui était prêt à vendre. Cet homme, qui avait été un ami du père de Stephen, lui a offert la possibilité d’acheter son permis et son bateau. Stephen a saisi l’occasion et s’est lancé dans une pêche qui lui était familière à certains égards, mais entièrement nouvelle à d’autres.

Un bateau plus solide et plus sécuritaire

La prochaine saison sera la septième de Stephen. Pendant ses trois premières années, il a pêché à bord d’un petit bateau d’environ 34 pieds. Il faisait le travail, mais Stephen en connaissait les limites.

« C’était juste un petit bateau, explique-t-il. Dès qu’il fallait sortir par mauvais temps, c’était un peu plus risqué comparativement à la plupart des autres bateaux, qui étaient plus gros et plus sécuritaires. »

Après avoir démontré qu’il pouvait assurer la réussite de son entreprise, Stephen a commencé à chercher un meilleur bateau. C’est à ce moment que la CBDC Shelburne est entrée en jeu. Il avait entendu de bons commentaires sur la CBDC de la part d’autres pêcheurs de la région et est allé rencontrer Heidi Wagner. Selon lui, le processus a été simple : il a préparé un plan d’affaires, l’a soumis et a attendu une réponse.

« Ça n’a pas été très long avant que Heidi m’annonce la bonne nouvelle », raconte-t-il.

Grâce au soutien de la CBDC, Stephen a pu faire l’acquisition d’un bateau de 44 pieds qui lui offrait plus d’espace, une plus grande capacité et, surtout, une sécurité accrue. Lukie’s Toy possédait des améliorations importantes dont son ancien bateau ne disposait pas : un moteur plus récent, une timonerie, des systèmes électroniques, du câblage et de l’équipement qui faisaient une réelle différence en mer.

De longues journées sur des eaux glaciales

Même si la technologie a transformé la pêche au homard, elle n’a pas éliminé le travail exigeant qui l’accompagne. La saison du homard se déroule pendant la période la plus rude de l’année, et Stephen sort en mer lorsque la météo le permet. Certaines journées commencent vers cinq heures du matin et se terminent à midi. D’autres, particulièrement au large à l’automne, peuvent commencer à deux ou trois heures du matin et se prolonger jusqu’à dix heures du soir.

Ensuite, explique-t-il, on dort quelques heures avant de tout recommencer.

L’hiver dernier a été particulièrement difficile. Les températures glaciales, la neige et l’eau froide ont rendu les sorties régulières difficiles. Certaines semaines, selon Stephen, réussir à sortir deux fois était déjà une chance. Le travail est physique, froid et exige de longues heures, et la météo demeure l’un des aspects que les gens de l’extérieur sous-estiment souvent.

« La météo et le travail éreintant, dit-il. De très, très, très longues journées. »

Malgré tout, Stephen parle de la mer avec affection. Ce qu’il préfère dans son métier n’a rien de compliqué : l’indépendance, le lever du soleil et la tranquillité d’être au large avec un travail à accomplir.

« Être sur l’eau et être son propre patron, c’est ce qu’il y a de mieux, explique-t-il. Je peux travailler selon mon propre horaire. Je ne suis pas assis à attendre un appel pour que quelqu’un me dise qu’on part en mer. »

Le respect de la mer

Cette indépendance, il l’a gagnée à la dure. En 2017, alors qu’il travaillait comme préposé à la pose d’élastiques sur un autre bateau de pêche au homard, Stephen est tombé par-dessus bord et a dû être transporté par hélicoptère pour recevoir des soins médicaux. Certaines personnes se sont demandé comment il pouvait retourner à la pêche après un tel accident.

Sa réponse est simple : il ne faut pas laisser un mauvais moment déterminer le reste de sa vie.

« Quand on tombe, on ne peut pas laisser ça nous arrêter, dit-il. Mais j’ai du respect pour la mer. »

Le respect est un mot qui résume bien l’histoire de Stephen. Il respecte les risques. Il respecte les anciennes façons de faire. Il respecte les efforts nécessaires pour bâtir quelque chose qui lui appartient. Il respecte aussi les petites superstitions qui font partie de la vie des pêcheurs, ce qui explique pourquoi Lukie’s Toy porte toujours le même nom qu’au moment où il l’a acheté.

« Je garde le même nom, explique Stephen. On dit que ça porte malheur de le changer. C’est une superstition de pêcheurs. »

Aujourd’hui, Stephen pêche habituellement avec un membre d’équipage principal, un bon ami de Lockeport qui travaille avec lui depuis le début. Les deux avaient déjà travaillé ensemble à bord de chalutiers congélateurs dans le secteur de la pêche au pétoncle, alors Stephen savait déjà quel genre de travailleur il était.

« Lui et moi, on a commencé ça ensemble, raconte-t-il. C’est un de mes bons amis et on forme une équipe depuis ce temps-là. »

Ce genre de confiance est essentiel dans un secteur où il peut être difficile de trouver des employés fiables et où chaque journée en mer dépend de personnes capables d’accomplir un travail exigeant avec rigueur.

Bâtir pour durer

Comme bien des pêcheurs, Stephen porte un regard lucide sur les pressions auxquelles l’industrie est confrontée. Le coût du carburant a augmenté. Le coût des appâts aussi. Presque tout coûte plus cher, alors que le prix du homard ne suit pas toujours la même tendance. Au début de la saison, lorsque les prises peuvent être plus abondantes, les prix sont parfois bas. Plus tard en hiver, lorsque les prix augmentent, les conditions météorologiques et l’eau froide peuvent rendre la pêche plus difficile.

Malgré tout, Stephen espère continuer de nombreuses années. Éventuellement, dit-il, il aimerait voir son bateau et son entreprise passer entre les mains de quelqu’un d’autre.

« J’aimerais continuer un bon bout de temps jusqu’à ma retraite, puis peut-être pouvoir transmettre tout ça à quelqu’un », explique-t-il.

Cette idée de transmettre quelque chose aux autres revient constamment dans sa vie. Son père est décédé jeune, à l’âge de 44 ans. Sa mère, décédée il y a quatre ans, l’avait encouragé lorsqu’il s’était lancé dans la pêche au homard. Stephen affirme qu’elle a été l’une des personnes qui l’ont le plus aidé.

« Elle me disait toujours de poursuivre mes objectifs », raconte-t-il.

C’est un conseil qu’il semble avoir pris à cœur. De la pêche au pétoncle au large à l’acquisition de son propre permis de pêche au homard, d’un petit bateau pour démarrer jusqu’à Lukie’s Toy, Stephen a bâti son gagne-pain une décision à la fois. Le travail n’est pas facile, et il ne prétend pas le contraire. Mais pour ce pêcheur de Lockeport qui valorise l’indépendance, la famille et la tranquillité de la mer, c’est une vie qui lui convient.

« La vie est tellement courte, dit-il. Si tu veux quelque chose, va le chercher. »

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